Articles

jeudi 22 mars 2012

19/03/12/21h56/Trieste:


La ville est très belle ce soir. Il a plu. Il ne pleut plus. Les lumières de la ville et les phares des voitures se reflètent sur le sol mouillé. L'air est humide, l'air est frais. J'aime la ville après la pluie. Tout le monde marche vite, pressé d'arriver au chaud, tout le monde parait tendu, le retour de la pluie après trois semaines de printemps peut-être difficile. Un couple s'embrasse, quelqu'un d'autre a ressorti le bonnet. La ville est belle après la pluie. Je suis en chemin vers l'appartement. Des bus stationnent sur le bord de la route, des personnes attendent, assises à l'intérieur, le regard vide, tenant fermement leur sac sur les genoux. Un groupe de chauffeur discute. Je traverse à l'orange, je traverse au rouge. Les gens roulent vite. Quelque chose de blanc. Je lève les yeux. Le ciel noir de cette nuit sans lune est traversé par une mouette. La mouette plane, disparait derrière un bâtiment. Je marche. Je m'approche de la place. La mouette réapparait, battant des ailes. Un jeune, une bière à la main, attend. Une femme sur le trottoir, l'air énervé, patiente. Dans le bar, son fiancé fait la fermeture, la bière encore sur le comptoir. L'appartement n'est plus très loin. Plus il se rapproche, plus j'accélère. J'ai envie d'écrire. Coup de klaxon. Un scooter double une voiture et se stabilise à côté en proférant des jurons que je ne traduirais pas. Il repart, plein gaz. Je marche vite. Je double une jeune fille ouvrant la porte de son immeuble. Je croise un groupe rentrant du sport, gros sac à l'épaule. J'accélère. Je veux écrire, les phrases se forment dans ma tête, je ne veux pas les oublier. Je marche, je tourne à gauche, anticipant en sortant mes clés. Je monte les escaliers, deux marches à la fois, en courant, je veux arriver. J'ouvre la porte. SImone et Carmen sont dans la cuisine. Dans ma chambre, j'enlève ma veste et mes chaussures, je sors mon ordinateur. Je vais dans la cuisine boire un verre d'eau. Simone me parle. Je n'écoute pas vraiment. Je veux écrire. Je m'assois par terre, dans le couloir devant la porte de ma chambre. Je suis prêt. Le dos contre un mur, les pieds touchant l'autre.


J'écris.




J'ai dansé. J'ai oublié. J'ai disparu pendant l'espace de dix minutes. L'instruction était: Une personne touche l'autre, celle-ci doit réagir, tout son corps doit réagir, mais pas seulement ses yeux, tout son corps. Le corps doit devenir les yeux et regarder la partie touchée, regarder la fleur qui éclôt en cet endroit. 
Je suis avec Ana. Ce soir, je me sens bien. La grande fatigue qui me tient inhibe mes retenues que je peux avoir face à l'improvisation.
Je commence. Je ferme les yeux. J'inspire puis j'expire. Je regarde Ana dans les yeux. Je sens que la confiance est là. Je suis concentré. Je suis très concentré. Elle me touche le coude, délicatement. Je ne vois plus. Mes yeux sont ouverts. Je ne vois plus. Je sens ma peau, comme une immense surface à la sensibilité décuplée. Elle me touche le ventre. J'inspire. C'est comme une onde qui part de son doigt et qui se propage, c'est comme l'onde d'un caillou qui tombe dans l'eau. Mon corps se meut et se tourne vers ce point. Elle me touche le nez. J'expire. Je louche probablement. Le piano est le seul son qui m'atteint. J'inspire. Elle me touche l'arrière de l'épaule. Drôle de contorsion. Je ne sens pas de fleur éclore. J'expire. Elle m'a touché le pied. Je suis en équilibre instable sur l'autre. J'inspire. Elle me touche le genoux. Toujours en équilibre, mon corps s'oriente vers mon genou. Mon corps regarde mon genou. J'expire. Je pose le pied. Je ressens chacun des centimètres de ma peau rentrer en contact avec le sol. Il est chaud, un peu mou. Elle me touche la paume de main. C'est comme une petite brûlure. J'inspire. J'expire. La brûlure disparait. Elle me touche le doigt. J'inspire plus fort. Ca brûle. Je dois respirer pour évacuer. Elle me touche le milieu du dos. La chaleur se propage. Mes muscles se relâchent. J'expire. La chaleur sort de mon corps. Je me sens extrêmement bien. Elle me touche la hanche. Torsion. Mon corps regarde. J'inspire, bloque ma respiration en attendant le prochain contact. La joue. Difficile de se tourner ver la joue. J'expire, mon corps se relâche et voit la joue. Federica parle, brisant le silence. On inverse.
Je reviens. Je me sens bien. J'espère que les autres ont ressentit la même chose. La journée finit magnifiquement.

1 commentaire:

  1. bello Matthieu, molto poetico :) Si percepiva benissimo come ti sentivi :)

    RépondreSupprimer