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samedi 12 mai 2012

La Matinée du Dimanche du Sixième Mois

réveil à 8h, difficile. Normal, c'est dimanche.
petit dej', blabla, nous n'allons pas à Grado, belle ville de bord de mer, il n'y a pas de
soleil, c'est nuageux.
Dragan m'envoie un sms pour me le dire, il propose d'aller boire un café et de faire un tour dans Trieste.
je m'habille, encore un peu fatigué, besoin d'énergie, besoin d'une chanson qui met de bonne humeur.
hum… you tube, les beach boys, barbara ann, I get around.
envie d'écouter à fond, les autres colocs dorment, je met les écouteurs, I Get Around en boucle, danse en préparant mon sac.
je finis avec l'ordi dans les mains, pour aller mettre les chaussures.
pars 9h58, je dois être à 10h piazza Goldini. Je suis comme une puce, je veux bouger, danser, courir, rire, parler,…
je cours sur tout le trajet, me souviens pas la dernière fois que j'ai autant couru. 
retrouve Dragan, un peu de mal à contenir mon agitation.
nous marchons dans les rues pleines du centre, sous le soleil, daignant finalement se montrer un peu.
je suis d'une humeur dingue
on marche, on parle
il me demande si ça me gêne d'entrer dans l'église orthodoxe, à côté du canal.
Bien sur que non, elle est magnifique, j'y suis jamais rentré
Elle est pleine, il n'y a pas de bancs, les fidèles sont debout, laissant      une allée centrale, des bougies allumées partout, chant d'un choeur d'hommes venant de l'arrière du jubé, très belle église, quelle atmosphère, quelle ferveur.
Je reste dans le fond, les stèles sur les côtés sont inoccupées, ils écoutent le prêtre, chantent,  écoutent le choeur. 
Dragan prend 5 bougies, fait la queue dans l'allée centrale, pour finalement arriver devant ce parterre de lumière, il les allume une à une en se signant avant de déposer chacune d'elle parmi ses semblables, il fini en s'avançant vers les portraits  de la Vierge et de Jésus, les embrasse.
Il revient vers moi, parle deux minutes avec le vendeur de cierges.
Nous ressortons, toute mon énergie est retombée, je suis calme, apaisé par la sérénité de ce lieu. 
on continue à marcher.
sur le molo, la piazza unita.
piazza della brossa, le violoniste toujours présent est là, on s'arrête, on écoute, il joue bien, bien habillé, les gens s'arrêtent, écoutent, ralentissent, posent une pièce, lui sourissent, commentent,…
Nous restons un morceau, on applaudit, une mamie s'arrête et lui parle, il répond juste par hochements de tête, un deuxième morceau, on applaudit, un troisième, l'Ave maria, on applaudit, et on part. 
Le violon commence un Vivaldi dans notre dos, on s'arrête, Dragan écoute, il me regarde et je comprend bien qu'il veut y retourner, il me dit qu'il va aller demander pour savoir si ce musicien peut lui donner des cours. 
Je le regarde bizarrement
il m'explique: il a trois choses à apprendre dans sa vie pour la considérer comme réussie, savoir piloter un avion, savoir monter à cheval et et savoir jouer un morceau au violon.
Il s'approche, je reste en retrait. Il parle. ils parlent forcement d'autres choses vu leur réaction.
Il se retourne, me fais signe d'approcher.
c'est quoi le truc? pourquoi cet immense sourire?
Le violoniste est serbe.
Le violoniste est serbe, comme Dragan.
il me présente et ils recommencent à parler. 
je ne comprends rien, impression quand même de deviner le sujet, enfin, disons plutôt que je leur invente une discussion
juste un truc à un moment, certain d'avoir compris et Dragan me l'a confirmer après, les gestes ça aide vraiment à comprendre.
Le musicien a expliqué qu'il n'aime pas jouer dans les grandes salles, il y a une distance avec le public et lui qu'il aime pas, blabla. dans la rue, la réaction se voit directement c'est ce qu'il aime, l'ignorance des gens, la spontanéité des enfants,…
Situation hors du temps, je suis au milieu de la place, les gens nous regardent bizarrement, pourquoi empêche-on le musicien de jouer! 
beaucoup sont surpris. Le fameux musicien présent dès qu'il fait beau n'est pas italien!
les deux compatriotes sont surexcités, surpris de s'être rencontrés, au bout de trois minutes, ils s'échangent leur numéro de téléphone
parlent, 5-10-15min
une femme arrive. Il la présente, sa femme, ukrainienne qui vit en Serbie. Elle ne parle pas. 
eux, si, parlent, encore
je regarde l'intérieur de l'étui du violon, que des pièces de un et deux euros, des billets de cinq euros. au moins cinquante euros
ils continuent à parler pendant 10-15min de plus
Dragan arrête la conversation, se sent gêné pour moi. Il ne devrait pas mais n'a pas compris. Je pourrais rester encore. J'aime ce genre de moment surréaliste, complètement imprévisible.
Je me promène avec un serbe, avec qui je fais un projet, il a idée d'aller parler au musicien de rue, cette même personne est serbe, et ils se parlent comme deux vieux amis.
On part.
Dragan m'explique un peu ce qu'ils ont dit. 
Cet homme a 31ans, il en fait 25. Sa femme a quitté l'Ukraine pour trouver du travail à Belgrade, se sont rencontrés d'une manière improbable, pas compris, il voulait monter une entreprise qui fabrique des maisons traditionnelles serbes, se construire la sienne et avoir un terrain pour y mettre des chevaux, vient en Italie certains week-end pour jouer dans la rue, comme ça, pour le plaisir, pour arrondir les fins de mois, joue dans un orchestre en Serbie, n'a pas voulu aller en Autriche.
Je n'arrive pas à parler, toujours surpris. 
il me parle de leur façon de voir la relation aux personnes inconnues qui croisent notre chemin chaque jour, s'ils voient un inconnu en difficulté, ils l'aident spontanément, sans rien attendre en retour. Tout le monde fait ça. Donc tu aides, et quand tu auras besoin d'aide, quelqu'un t'aidera. 
Donc si Dragan a besoin de quelques chose en Serbie, le musicien lui ramène, si lui a besoin d'aide en Italie, Dragan répondra à son appel.
euh! j'adore.
il compare avec les italiens, et donc avec les français. Si tu as quelque chose que tu partages, tout italien et français, se sentira dans l'obligation de donner en échange. Tu me donnes un, je me sens obliger de te donner un. 
Pas eux.


Quelle matinée, j'aurais plus peur d'aller parler à un inconnu, j'arrête d'attendre en retour, je donne parce que ça me fait plaisir.