7/03/12/18h30/Trieste:
Je rentre chez moi après une journée qui finit bien, et qui avait beaucoup beaucoup moins bien commencé. Mon nouveau camarade de projet vient de me redescendre de l'université avec sa voiture, il s'appelle Dragan, il est serbe et qympathique. Ce qui justifie ce paragraphe est bien plus intéressant que ma vie universitaire.
Après avoir passé le couloir d'entrée de l'immeuble, je vais vers les escaliers. Et là, sur les marches, une gentille personne a résolu le problème que je n'avais en aucun cas cherché à résoudre, trop compliqué et trop fainéant. La chaussette fugueuse revient à son maître. Je l'avais fait tomber sur le toit de la petite cabane de la cour intérieure de l'immeuble en étendant mon linge. Soit trois étages en dessous de mon appartement et un au dessus du sol. La vie est pleine de miracle.
Je parle avec Laura, de quoi, je ne sais plus, ce n'est pas l'important. Elle était très fatiguée. Nous étions face à face dans le couloir devant la salle de danse dos chacun à un mur. Elle se couche, pose les pieds contre le mur à la verticale. A partir de là, il a été difficile pour moi de continuer à parler en restant sérieux. De mon point de vue, sa tête était à l'envers. Gros problème pour mon cerveau. La bouche bouge pour parler, normal, mais elle est au dessus des yeux. Trop bizarre de parler à une personne dont les yeux sont en dessous de la bouche. Vraiment pas naturel et vraiment perturbant, je ne peux m'empêcher de rire. Trop cool, à réessayer et à exploiter.
Après une journée de projet longue et ennuyeuse, je ne peux pas prendre mon bus, un contrôleur est à l'intérieur. Je prends le premier qui passe juste après, vérifiant juste qu'il va dans la bonne direction. Tant pis, je marcherai un peu plus. Tous les feux rouges. Ca soul. Je veux un petit signe de vie et de positivité. Assis sur le siège à côté, une lycéenne boutonneuse, habillé à sa façon, avec une activité sportive insuffisante a les écouteurs dans les oreilles et les doigts pianotant sur le clavier du portable. A l'arrêt au feu, dans le silence du bus, j'entend sa musique, elle l'écoute tellement forte. C'est le petit signe. J'ai envie de sourire. Paradise de Coldplay. Je "chante", mime les paroles sur mes lèvres dans ce bus de gens encore plus blasé que je ne l'étais.
Il fait nuit, je sors de la danse. Le ciel est extrêmement sombre. Quand je passe sur la piazza Unità, deux étoiles, l'une au dessus de l'autre, est-ce Saturne et Uranus, comme l'a dit Eric Lange dans Le Mouv. Au fond, quel importance. C'est beau.
Dans le bus de retour à l'appartement après un bon cours de cinématographie. On passe devant la banque CREDEM. Heure de fermeture. Toutes les lumières de l'intérieur et de la façade s'éteignent. Wouah! quatre fois sur quinze jours que je passe devant cette banque en fin d'après-midi, quatre fois que tout s'éteint. Trop bizarre. Trop l'impression de voir une scène se répéter, d'un oeil extérieur. Les trois fois précédentes étaient des moments où j'allais ou revenait du centre ville, et pourtant pas sur des trajets réguliers. Drôle de sensation. C'est le signe de je ne sais quoi.
10h15, je me réveille, grasse mat'. Trois semaines que mon réveil n'avait pas fait une pause un matin. Trop bon. Merde! J'avais oublié. Changement d'heure. Il est 11h15. Matin mort.
Je rentre de la danse, je passe devant le CREDEM. Toutes les lumières s'allument, l'intérieur est vide. Le magnifique hasard que je me suis inventé n'est rien. Abrutit que tu es.
Je monte en courant les escaliers, revenant d'une séance de travail chez Dragan. J'arrive devant la porte, je sors les clefs, les approche de la serrure. Je sursaute avec une des peur de ma vie. Une voix parle, très proche de moi, je la reconnais. C'est Magda qui compte jusque 10 en polonais. Mon dictaphone s'est débloqué et mis en route dans ma poche.