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mercredi 4 juillet 2012

ANECDOTEs

7/03/12/18h30/Trieste:
Je rentre chez moi après une journée qui finit bien, et qui avait beaucoup beaucoup moins bien commencé. Mon nouveau camarade de projet vient de me redescendre de l'université avec sa voiture, il s'appelle Dragan, il est serbe et qympathique. Ce qui justifie ce paragraphe est bien plus intéressant que ma vie universitaire. 
Après avoir passé le couloir d'entrée de l'immeuble, je vais vers les escaliers. Et là, sur les marches, une gentille personne a résolu le problème que je n'avais en aucun cas cherché à résoudre, trop compliqué et trop fainéant. La chaussette fugueuse revient à son maître. Je l'avais fait tomber sur le toit de la petite cabane de la cour intérieure de l'immeuble en étendant mon linge. Soit trois étages en dessous de mon appartement et un au dessus du sol. La vie est pleine de miracle.
7/03/12/20h20/Couloir danse: 
Je parle avec Laura, de quoi, je ne sais plus, ce n'est pas l'important. Elle était très fatiguée. Nous étions face à face dans le couloir devant la salle de danse dos chacun à un mur. Elle se couche, pose les pieds contre le mur à la verticale. A partir de là, il a été difficile pour moi de continuer à parler en restant sérieux. De mon point de vue, sa tête était à l'envers. Gros problème pour mon cerveau. La bouche bouge pour parler, normal, mais elle est au dessus des yeux. Trop bizarre de parler à une personne dont les yeux sont en dessous de la bouche. Vraiment pas naturel et vraiment perturbant, je ne peux m'empêcher de rire. Trop cool, à réessayer et à exploiter.
18/03/12/matin/Trieste: 
6 mois en Italie. matinée énorme, pleine d'énergie et de surprise.
21/03/12/18h/Trieste: 
Après une journée de projet longue et ennuyeuse, je ne peux pas prendre mon bus, un contrôleur est à l'intérieur. Je prends le premier qui passe juste après, vérifiant juste qu'il va dans la bonne direction. Tant pis, je marcherai un peu plus. Tous les feux  rouges. Ca soul. Je veux un petit signe de vie et de positivité. Assis sur le siège à côté, une lycéenne boutonneuse, habillé à sa façon, avec une activité sportive insuffisante a les écouteurs dans les oreilles et les doigts pianotant sur le clavier du portable. A l'arrêt au feu, dans le silence du bus, j'entend sa musique, elle l'écoute tellement forte. C'est le petit signe. J'ai envie de sourire. Paradise de Coldplay. Je "chante", mime les paroles sur mes lèvres dans ce bus de gens encore plus blasé que je ne l'étais.
21/03/12/22h08: 
Il fait nuit, je sors de la danse. Le ciel est extrêmement sombre. Quand je passe sur la piazza Unità, deux étoiles, l'une au dessus de l'autre, est-ce Saturne et Uranus, comme l'a dit Eric Lange dans Le Mouv. Au fond, quel importance. C'est beau.
23/03/12/18h47/Trieste: 
Dans le bus de retour à l'appartement après un bon cours de cinématographie. On passe devant la banque CREDEM. Heure de fermeture. Toutes les lumières de l'intérieur et de la façade s'éteignent. Wouah! quatre fois sur quinze jours que je passe devant cette banque en fin d'après-midi, quatre fois que tout s'éteint. Trop bizarre. Trop l'impression de voir une scène se répéter, d'un oeil extérieur. Les trois fois précédentes étaient des moments où j'allais ou revenait du centre ville, et pourtant pas sur des trajets réguliers. Drôle de sensation. C'est le signe de je ne sais quoi.
24/03/12/19h30/Trieste: 
Promenade avec les jumelles, Elena et leur amie estonienne. Sur la piazza Unità, pleine de monde, trop beau. Lune en mini-croissant, toujours les deux étoiles-brillantes-planètes,  proche de la lune, au dessus du palais. Très beau. Crée un effet de profondeur déstabilisant.
25/03/12/11h15/Trieste: 
10h15, je me réveille, grasse mat'.  Trois semaines que mon réveil n'avait pas fait une pause un matin. Trop bon. Merde! J'avais oublié. Changement d'heure. Il est 11h15. Matin mort.
28/03/12/21h58/Trieste: 
Je rentre de la danse, je passe devant le CREDEM. Toutes les lumières s'allument, l'intérieur est vide. Le magnifique hasard que je me suis inventé n'est rien. Abrutit que tu es.
1/04/12/11h35/Trieste: 
Je monte en courant les escaliers, revenant d'une séance de travail chez Dragan. J'arrive devant la porte, je sors les clefs, les approche de la serrure. Je sursaute avec une des peur de ma vie. Une voix parle, très proche de moi, je la reconnais. C'est Magda qui compte jusque 10 en polonais. Mon dictaphone s'est débloqué et mis en route dans ma poche.
2/04/12/1h11/Trieste: Je vais me coucher. Le 1er avril est terminé. C'est mon premier 1er avril que je n'ai pas entendu, participé et subit le 1er avril.
2/04/12/9h08/Trieste: Je sors du bus à l'université. Face à moi les collines boisées qui s'étendent au loin, ignorant la frontière avec la Slovénie. Vendredi, il y a trois jours, tout était gris et hivernal. Aujourd'hui, lundi, tout est vert et printanier. Ca donne le sourire.

samedi 12 mai 2012

La Matinée du Dimanche du Sixième Mois

réveil à 8h, difficile. Normal, c'est dimanche.
petit dej', blabla, nous n'allons pas à Grado, belle ville de bord de mer, il n'y a pas de
soleil, c'est nuageux.
Dragan m'envoie un sms pour me le dire, il propose d'aller boire un café et de faire un tour dans Trieste.
je m'habille, encore un peu fatigué, besoin d'énergie, besoin d'une chanson qui met de bonne humeur.
hum… you tube, les beach boys, barbara ann, I get around.
envie d'écouter à fond, les autres colocs dorment, je met les écouteurs, I Get Around en boucle, danse en préparant mon sac.
je finis avec l'ordi dans les mains, pour aller mettre les chaussures.
pars 9h58, je dois être à 10h piazza Goldini. Je suis comme une puce, je veux bouger, danser, courir, rire, parler,…
je cours sur tout le trajet, me souviens pas la dernière fois que j'ai autant couru. 
retrouve Dragan, un peu de mal à contenir mon agitation.
nous marchons dans les rues pleines du centre, sous le soleil, daignant finalement se montrer un peu.
je suis d'une humeur dingue
on marche, on parle
il me demande si ça me gêne d'entrer dans l'église orthodoxe, à côté du canal.
Bien sur que non, elle est magnifique, j'y suis jamais rentré
Elle est pleine, il n'y a pas de bancs, les fidèles sont debout, laissant      une allée centrale, des bougies allumées partout, chant d'un choeur d'hommes venant de l'arrière du jubé, très belle église, quelle atmosphère, quelle ferveur.
Je reste dans le fond, les stèles sur les côtés sont inoccupées, ils écoutent le prêtre, chantent,  écoutent le choeur. 
Dragan prend 5 bougies, fait la queue dans l'allée centrale, pour finalement arriver devant ce parterre de lumière, il les allume une à une en se signant avant de déposer chacune d'elle parmi ses semblables, il fini en s'avançant vers les portraits  de la Vierge et de Jésus, les embrasse.
Il revient vers moi, parle deux minutes avec le vendeur de cierges.
Nous ressortons, toute mon énergie est retombée, je suis calme, apaisé par la sérénité de ce lieu. 
on continue à marcher.
sur le molo, la piazza unita.
piazza della brossa, le violoniste toujours présent est là, on s'arrête, on écoute, il joue bien, bien habillé, les gens s'arrêtent, écoutent, ralentissent, posent une pièce, lui sourissent, commentent,…
Nous restons un morceau, on applaudit, une mamie s'arrête et lui parle, il répond juste par hochements de tête, un deuxième morceau, on applaudit, un troisième, l'Ave maria, on applaudit, et on part. 
Le violon commence un Vivaldi dans notre dos, on s'arrête, Dragan écoute, il me regarde et je comprend bien qu'il veut y retourner, il me dit qu'il va aller demander pour savoir si ce musicien peut lui donner des cours. 
Je le regarde bizarrement
il m'explique: il a trois choses à apprendre dans sa vie pour la considérer comme réussie, savoir piloter un avion, savoir monter à cheval et et savoir jouer un morceau au violon.
Il s'approche, je reste en retrait. Il parle. ils parlent forcement d'autres choses vu leur réaction.
Il se retourne, me fais signe d'approcher.
c'est quoi le truc? pourquoi cet immense sourire?
Le violoniste est serbe.
Le violoniste est serbe, comme Dragan.
il me présente et ils recommencent à parler. 
je ne comprends rien, impression quand même de deviner le sujet, enfin, disons plutôt que je leur invente une discussion
juste un truc à un moment, certain d'avoir compris et Dragan me l'a confirmer après, les gestes ça aide vraiment à comprendre.
Le musicien a expliqué qu'il n'aime pas jouer dans les grandes salles, il y a une distance avec le public et lui qu'il aime pas, blabla. dans la rue, la réaction se voit directement c'est ce qu'il aime, l'ignorance des gens, la spontanéité des enfants,…
Situation hors du temps, je suis au milieu de la place, les gens nous regardent bizarrement, pourquoi empêche-on le musicien de jouer! 
beaucoup sont surpris. Le fameux musicien présent dès qu'il fait beau n'est pas italien!
les deux compatriotes sont surexcités, surpris de s'être rencontrés, au bout de trois minutes, ils s'échangent leur numéro de téléphone
parlent, 5-10-15min
une femme arrive. Il la présente, sa femme, ukrainienne qui vit en Serbie. Elle ne parle pas. 
eux, si, parlent, encore
je regarde l'intérieur de l'étui du violon, que des pièces de un et deux euros, des billets de cinq euros. au moins cinquante euros
ils continuent à parler pendant 10-15min de plus
Dragan arrête la conversation, se sent gêné pour moi. Il ne devrait pas mais n'a pas compris. Je pourrais rester encore. J'aime ce genre de moment surréaliste, complètement imprévisible.
Je me promène avec un serbe, avec qui je fais un projet, il a idée d'aller parler au musicien de rue, cette même personne est serbe, et ils se parlent comme deux vieux amis.
On part.
Dragan m'explique un peu ce qu'ils ont dit. 
Cet homme a 31ans, il en fait 25. Sa femme a quitté l'Ukraine pour trouver du travail à Belgrade, se sont rencontrés d'une manière improbable, pas compris, il voulait monter une entreprise qui fabrique des maisons traditionnelles serbes, se construire la sienne et avoir un terrain pour y mettre des chevaux, vient en Italie certains week-end pour jouer dans la rue, comme ça, pour le plaisir, pour arrondir les fins de mois, joue dans un orchestre en Serbie, n'a pas voulu aller en Autriche.
Je n'arrive pas à parler, toujours surpris. 
il me parle de leur façon de voir la relation aux personnes inconnues qui croisent notre chemin chaque jour, s'ils voient un inconnu en difficulté, ils l'aident spontanément, sans rien attendre en retour. Tout le monde fait ça. Donc tu aides, et quand tu auras besoin d'aide, quelqu'un t'aidera. 
Donc si Dragan a besoin de quelques chose en Serbie, le musicien lui ramène, si lui a besoin d'aide en Italie, Dragan répondra à son appel.
euh! j'adore.
il compare avec les italiens, et donc avec les français. Si tu as quelque chose que tu partages, tout italien et français, se sentira dans l'obligation de donner en échange. Tu me donnes un, je me sens obliger de te donner un. 
Pas eux.


Quelle matinée, j'aurais plus peur d'aller parler à un inconnu, j'arrête d'attendre en retour, je donne parce que ça me fait plaisir.



jeudi 22 mars 2012

19/03/12/21h56/Trieste:


La ville est très belle ce soir. Il a plu. Il ne pleut plus. Les lumières de la ville et les phares des voitures se reflètent sur le sol mouillé. L'air est humide, l'air est frais. J'aime la ville après la pluie. Tout le monde marche vite, pressé d'arriver au chaud, tout le monde parait tendu, le retour de la pluie après trois semaines de printemps peut-être difficile. Un couple s'embrasse, quelqu'un d'autre a ressorti le bonnet. La ville est belle après la pluie. Je suis en chemin vers l'appartement. Des bus stationnent sur le bord de la route, des personnes attendent, assises à l'intérieur, le regard vide, tenant fermement leur sac sur les genoux. Un groupe de chauffeur discute. Je traverse à l'orange, je traverse au rouge. Les gens roulent vite. Quelque chose de blanc. Je lève les yeux. Le ciel noir de cette nuit sans lune est traversé par une mouette. La mouette plane, disparait derrière un bâtiment. Je marche. Je m'approche de la place. La mouette réapparait, battant des ailes. Un jeune, une bière à la main, attend. Une femme sur le trottoir, l'air énervé, patiente. Dans le bar, son fiancé fait la fermeture, la bière encore sur le comptoir. L'appartement n'est plus très loin. Plus il se rapproche, plus j'accélère. J'ai envie d'écrire. Coup de klaxon. Un scooter double une voiture et se stabilise à côté en proférant des jurons que je ne traduirais pas. Il repart, plein gaz. Je marche vite. Je double une jeune fille ouvrant la porte de son immeuble. Je croise un groupe rentrant du sport, gros sac à l'épaule. J'accélère. Je veux écrire, les phrases se forment dans ma tête, je ne veux pas les oublier. Je marche, je tourne à gauche, anticipant en sortant mes clés. Je monte les escaliers, deux marches à la fois, en courant, je veux arriver. J'ouvre la porte. SImone et Carmen sont dans la cuisine. Dans ma chambre, j'enlève ma veste et mes chaussures, je sors mon ordinateur. Je vais dans la cuisine boire un verre d'eau. Simone me parle. Je n'écoute pas vraiment. Je veux écrire. Je m'assois par terre, dans le couloir devant la porte de ma chambre. Je suis prêt. Le dos contre un mur, les pieds touchant l'autre.


J'écris.




J'ai dansé. J'ai oublié. J'ai disparu pendant l'espace de dix minutes. L'instruction était: Une personne touche l'autre, celle-ci doit réagir, tout son corps doit réagir, mais pas seulement ses yeux, tout son corps. Le corps doit devenir les yeux et regarder la partie touchée, regarder la fleur qui éclôt en cet endroit. 
Je suis avec Ana. Ce soir, je me sens bien. La grande fatigue qui me tient inhibe mes retenues que je peux avoir face à l'improvisation.
Je commence. Je ferme les yeux. J'inspire puis j'expire. Je regarde Ana dans les yeux. Je sens que la confiance est là. Je suis concentré. Je suis très concentré. Elle me touche le coude, délicatement. Je ne vois plus. Mes yeux sont ouverts. Je ne vois plus. Je sens ma peau, comme une immense surface à la sensibilité décuplée. Elle me touche le ventre. J'inspire. C'est comme une onde qui part de son doigt et qui se propage, c'est comme l'onde d'un caillou qui tombe dans l'eau. Mon corps se meut et se tourne vers ce point. Elle me touche le nez. J'expire. Je louche probablement. Le piano est le seul son qui m'atteint. J'inspire. Elle me touche l'arrière de l'épaule. Drôle de contorsion. Je ne sens pas de fleur éclore. J'expire. Elle m'a touché le pied. Je suis en équilibre instable sur l'autre. J'inspire. Elle me touche le genoux. Toujours en équilibre, mon corps s'oriente vers mon genou. Mon corps regarde mon genou. J'expire. Je pose le pied. Je ressens chacun des centimètres de ma peau rentrer en contact avec le sol. Il est chaud, un peu mou. Elle me touche la paume de main. C'est comme une petite brûlure. J'inspire. J'expire. La brûlure disparait. Elle me touche le doigt. J'inspire plus fort. Ca brûle. Je dois respirer pour évacuer. Elle me touche le milieu du dos. La chaleur se propage. Mes muscles se relâchent. J'expire. La chaleur sort de mon corps. Je me sens extrêmement bien. Elle me touche la hanche. Torsion. Mon corps regarde. J'inspire, bloque ma respiration en attendant le prochain contact. La joue. Difficile de se tourner ver la joue. J'expire, mon corps se relâche et voit la joue. Federica parle, brisant le silence. On inverse.
Je reviens. Je me sens bien. J'espère que les autres ont ressentit la même chose. La journée finit magnifiquement.

mercredi 22 février 2012

Souvenirs d'un Retour

16/12/11/12h07/Verona: Je viens de faire un des trucs les plus cool de ma vie. Je suis dans un très beau train en gare de Verona. Il démarre doucement. Première chose que je fais, je vais aux toilettes. Je marche dans leur direction, en sens inverse de celui du train. Je fais du sur place. Le décor à l'extérieur ne change pas, je vais à la même vitesse que le train. Impression magnifique. Le train se transforme pour l'espace de cinq secondes en un tapis roulant. Je souris niaisement.


17/12/11/21h39/Stockholm: Je sors de la douche, je retourne dans la chambre. Au deux jeunes filles asiatiques, se sont ajoutés deux jeunes garçons asiatiques. Ils parlent tous les quatre en je ne sais trop quelle langue en mangeant des chips. Enfin trois parlent, le quatrième ne dit presque rien.


17/12/11/22h33/Stockholm: Mise à jour.Discussion avec ces quatre gens. Etudient tous aux UK. Les filles sont de Hong-Kong, le gros parleur de Malaisie et le mince timide est chinois. Ils sont très gentils. Le petit chinois est incompréhensible, il y a pire accent anglais que celui des français. Difficile de se remettre à parler en anglais après près de deux mois sans conversation dans cette langue, seul l'italien me vient en tête. Actuellement ils sont partis en pause douche. Note: Malaisie = 5 langues différentes. Tous les quatre parlent en mandarin.



18/12/11/8h45/Stockholm: Sur la place du marché de Noël, à côté de la cathédrale, un homme apparait et brise le silence et le calme de la ville. Je regarde et j'écoute. Iphone à la main, il est en appel vidéo, avec ce qui doit être sa femme. Il lui montre la place, cris d'exclamation; oui, en effet, c'est absolument magnifique. Il s'est arrêté de neiger, le sol est mouillé et reflète les majestueux édifices à pignons. La lumière du matin est très belle.
Et  il répond à ses gémissements de jalousie par un: "Yeah! But you say you prefer stay to do shopping!" 
Petit moment d'exaltation.


19/12/11/8h/Stockholm: Je traverse cette très bonne auberge de jeunesse, encore complètement vide à cette heure matinale. Je sors, pensant retrouver la ville morte que j'avais découverte la veille au matin à la même heure. Mais à ma grande surprise, elle se montre pleine de vie. Hier nous étions dimanche, aujourd'hui nous sommes lundi. Retour au travail. La ville grouille sous le ciel neigeux, l'air et le vent froid, la faible lumière d'un soleil qui monte doucement mais qui ne se montrera pas. Les premiers magasins ouvrent, aux fenêtres sont encore allumées les bougies, les lampes et les étoiles. Dans la rue deux types de piétons; ceux qui marchent lentement. Les mères, les pères avec leur enfant, qui parlent et rient en allant tranquillement à l'école. Le deuxième type de piétons sont ceux qui marchent seuls, plus nombreux, vite, la tête baissée, couvert pour ne pas avoir froid, avec l'envie d'arriver en cours, ou au boulot, rapidement et au chaud. Après cette constatation pendant ma marche lente d'endormi, je me souviens que je dois petit-déjeuner. Je m'arrête au premier 7eleven à côté duquel je passe. Un café, la pâtisserie qui à l'air bonne, en vente partout donc surement suédoise, et vue qu'il me reste juste assez, un cookie. Aussi, autre constatation. Les suédois ne sont pas du matin. Tous ceux à qui j'ai parlé avant neuf heures du matin était peu poli et pas vraiment agréable, alors qu'après ils sont extrêmement accueillant. Mon café sucré, je ressort dans la rue pour petit-déjeuner en marchant, conscient de mon inconscience. Au bout de deux minutes, j'ai les mains froides, au bout de cinq, elles sont gelées. Le café n'est pas bon, mais ai-je déjà aimé un café. La pâtisserie est bonne et plairait vraiment à Emeline, en mode pâte dense et comme pas complètement cuite avec du chocolat un peu fondu à l'intérieur. 
Mon gobelet et mon sachet jeté, j'arrive à un grand croisement où il y a beaucoup plus de monde. Il y a ceux qui ont choisi le métro, ceux qui prennent le vélo, plutôt nombreux selon moi en un tel matin et ceux enfin qui continuent à pied. Et là, comme poussé par une main invisible suédoise, je me met à accélérer le pas marchant à la vitesse des autochtones mais pas en regardant le sol, en regardant partout, au dessus, pour admirer une dernière fois cette ville extraordinaire. Sur ce chemin me menant à la gare et à mon bus vers l'aéroport, j'ai l'impression de n'avoir rien vu ou du moins que très peu, que cette ville et ses habitants sont très discrets et secrets, mais que le peu que l'on en voit est magnifique. Je veux revenir, à une période avec plus de jour, pour mieux te découvrir, autrement qu'à travers la vision déformée de mes lunettes couvertes d'énormes gouttes d'eau, mais la prochaine fois je te partage avec quelqu'un.


19/12/11/12h35/Stockholm Airport: Arrivée dans l'avion. 15min après le décollage prévue, soit 45min de retard. Trop d'enfants. Dans cette longue queue, trop chiant. dégivrage des ailes avec les canons à liquide bizarre. Crew "hôtesses" de l'air exclusivement composé d'hommes. Class'.



19/12/11/21h30/Francfort: De retour du centre ville, après en avoir rapidement fait le tour, au milieu de ce très beau marché de noël, déprimant pour le voyageur seul que je suis. J'aurais vraiment voulu partager ce moment et un verre de vin chaud. Et donc, sur le retour, à cent cinquante mètres de l'auberge, dans cette rue piétonne entre la gare et le quartier des gratte-ciel où s'enchainent les clubs de strip-tease, deux jeunes jeunes allemands à la barbe courte m'arrêtent en allemand. Ils ont une bonne tête, je les écoute, dans leur version en anglais. Ils bossent dans un théâtre, ce sont des comédiens. Ils me proposent de répondre à trois questions devant une caméra. Je dois les suivre dans les rues intérieures de l'îlot pour rejoindre leur local. Il y a d'autres gens, ceux qui bossent également sur le projet, tous sont très accueillants. Leur local devait être un magasin, complètement vitré sur l'avant, en double hauteur, avec une mezzanine sur l'arrière à laquelle on accède par un escalier en colimaçon, sur la droite. Ils me proposent de choisir  un ou plusieurs accessoires parmi les costumes de spectacle très coloré et extrêmement kitch. Je n'en ai pas vraiment envie. Mon silence et probablement mon expression leur font dire que je ne suis pas obligé de prendre quelque chose. Je monte les escaliers, sans costume. Je m'assois sur la chaise face à un autre membre de la troupe, équipé d'un casque, réglant les derniers détails du micro et de la caméra. Celui qui m'a abordé me demande si je préfère parler en français ou en anglais. Ca m'est égal. Ils préfèrent en anglais. C'est parti. 
How do you see the world and the city in 40 years? Develop your idea of slowest way of life. This vision is the vision of what will be the world or what the world should be for you? What from the past have to absolutely remain in the future?
Après quinze minutes de discussion, ils décident que c'est fini. Ce fut très intéressant. C'est la première fois que j'ai à expliquer des choses qui ne sont pas forcement claires dans ma tête dans une autre langue que la mienne. Je pense avoir réussi en étant assez compréhensible. Ils m'expliquent alors ce qu'ils vont en faire. Ils préparent une installation où ils diffuseront les vidéos en disant au public qu'ils sont en 2050 et que tous ce qui les entoure est une réalité virtuelle de ce qu'était le monde quarante ans plus tôt, et que toutes les témoignages sont des vidéos d'époques. Je redescend. Tous les autres attendent dehors avec deux nouveaux volontaires. Je sors. Je les salue et les remercient. La jeune fille me raccompagne en me disant que ce sera utilisé début janvier. Je lui sert la main et retourne à la rue, continue à marcher vers l'auberge comme si rien ne s'était passé.


  Mon petit carnet rouge est le témoin de ces quelques lignes, écrites inconfortablement installé dans une salle d'embarquement, assis par terre dans une file d'attente pour un bus, dans un bus promettant une ville nouvelle ou encore dans un train ramenant dans un lieu cher et connu.
Ces anecdotes de voyages remontent maintenant à quelques mois. Elles sont le témoin de mon premier vrai voyage, seul, loin des contrées connues dans lesquelles j'habite, dans des pays dont je ne connaissait que l'adresse des auberges de jeunesse dans lesquelles je dormais, dont j'avais repéré la localisation sur google maps et leur histoire, copié-collé de Wikipédia, et lu en trois langues: en français, en anglais et en italien. 
Cette solitude forcée même si recherchée m'aura beaucoup apporté. Elle m'aura soufflé conseils, m'aura permis de prendre un recul sur moi-même, me poussant à penser à ce que je voulais vraiment et ce à quoi je devais me soustraire ainsi qu'à me rendre compte de ce que j'avais fait jusqu'alors tout autant que du chemin incertain qu'il restait à parcourir.



Ce voyage m'aura me les aura fait découvrir:

Verona, ville monument qui s'est invitée 
                      au programme.

































Milano, ville-capitale, 
centre d'une grande beauté 
ceinturée de médiocrité.




Stockholm, 
ville aux dix-huit heures de nuit, 
lumineuse de la jeunesse de ses pierres.

















Francfort, ville nouvelle 
intrigante qui s'est 
reconstruit son histoire.







  L'avion atterrit. Pour la première fois, l'atterrissage est le dernier de mes soucis, je veux passer la porte des arrivées. L'avion commence son long retour jusqu'à sa place de stationnement. Tout le monde commence à s'agiter. Je suis prêt. Veste mise, écharpe mise, mon unique bagage, mon sac à dos plein de mes trois mois à Trieste et des quinze jours de retour à Fuissé, est sur mes genoux. L'heure de vol à végéter derrière le hublot en admirant les Alpes ,ensoleillées en cette fin de matinée, est oubliée. Seul reste cette impatience de passer la porte.
L'avion s'est arrêté. Le signal des ceintures de sécurité à peine éteint que les passagers sont déjà debout. Mais ils n'auront pas été aussi rapide que moi. J'ai bousculé mes deux voisins pour me retrouver dans le couloir et être au plus près de la porte du fond. Je n'en suis absolument pas loin. Juste à attendre qu'elle s'ouvre. 
Message de l'hôtesse de l'air, "bienvenue…blablabla…il est…blablabla…arrivée avec trente minutes de retard…blablabla…en conséquent, nous débarquerons  dans l'autre terminal, la sortie s'effectuera seulement par la porte avant."
Ils veulent ma mort ou la leur?
Je me suis coincé à l'arrière de l'avion. J'ai juste envie de … tous ces papys et ces mamies, ces familles de bobos lyonnais revenant d'un beau séjour à Venise, heureux, qui ont le temps et qui le prennent, nous sommes le 24 décembre, pourquoi se presser. J'ai comme l'impression qu'ils s'acharnent contre moi.
Une fois sorti de l'avion, la promenade n'est pas terminée. Plusieurs escaliers, passerelles, tapis roulant, escalators, couloirs, virages, tous aussi peu larges les uns que les autres, toujours encombrés de ces mêmes personnes peu pressé qui s'offre le luxe d'occuper toute la largeur. J'ai envie de courir et de crier, j'ai le corps complètement tendu et le ventre en quatre, j'ai envie de les pousser et de m'énerver. Trois mois. Trois mois sans les voir. Je veux arriver. Ne peuvent-ils pas comprendre cela. Je fais chauffer mes mollets, j'use des coudes, jettent des regards noirs. 
J'arrive dans la salle d'attente des bagages. Je la traverse. Elle est grande. Heureusement que je n'ai pas un bagage à récupérer. Je serais monter sur le tapis roulant pour aller chercher ma valise moi-même.
Arrivée-Arrival 
Double porte à battant ouvertes. La lumière du soleil, éclatante, éclaire ce hall par la droite. Le plafond est bas et l'espace est bruyant. 
Je cherche du regard.
Je les trouve rapidement, comment ne pas les voir. Ce sont les deux seules qui gesticulent derrière la barrière en fer en criant, levant leur pancarte, comme si je pouvais ne pas les reconnaitre.
Mon ventre se dénoue. J'oublie toute la haine, toutes ses pensées négatives envers tous ces inconnus. Seul compte le fait d'être enfin arrivé. Revient en force la fatigue, le besoin de se reposer sur quelqu'un d'autre mais surtout une immense joie. 
Je cours et les serre dans mes bras. Je vais passer une très bonne journée et de très bonnes vacances.






En effet.
Elles auront été magnifiques ces vacances. Revoir tous ses amis. Quel plaisir. Qu'est ce qu'ils m'avaient manqué. Revoir toutes ces villes. Mâcon. Lyon. Metz. Nancy.
Après un deuxième adieu, quatre mois après le précédent, je referme cette parenthèse française dans mon histoire italienne. Retrouver mon village, mon lit, ma famille, ma maison et surtout mon chien, cela fait paraitre très lointaine cette vie dans un appartement au quatrième étage d'un immeuble d'une petite rue d'une grande ville dans un coin d'Italie.
Après une très longue demi journée de voyage de retour à ne rien réussir à faire, passant de l'attente d'un avion en retard, d'un vol à côté d'un couple pathétique voulant visiter Venise, d'avoir patienter une heure en gare de Mestre, de deux heures de trajet en train les yeux dans le vide, de trente minutes de marches interminables avec une valise aux roues qui bloquent. J'arrive au pied de mon immeuble. Prêt pour sept mois d'une vie italienne sans pause française.
En guise de dernière épreuve, ces fameux quatre étages. Je les hais. 
J'arrive finalement en haut, en ayant pris le temps nécessaire.
Je rentre dans l'appartement. Mes trois colocs sont dans la cuisine. J'avais oublié l'ambiance de cet appartement, ses bruits, entendre parler italien, les entendre parler. Ils m'avaient manqué. J'ai vraiment eu de la chance de tomber sur des personnes comme eux. Ils m'invitent à les rejoindre dans la cuisine, à partager le repas avec eux. Avant cela, je vide ma valise, range tout et je me lave. Je peux recommencer à vivre sur de bonne base. Soirée pizza. Leur bonne humeur contagieuse me fait oublier le long supplice qu'aura été ce voyage, ce deuxième adieu, l'abandon du confort de la vie française entourée de ses amis, de sa famille, de sa langue et de son pays, pour les six prochains mois qui vont être beaucoup trop court.