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mercredi 22 février 2012

Souvenirs d'un Retour

16/12/11/12h07/Verona: Je viens de faire un des trucs les plus cool de ma vie. Je suis dans un très beau train en gare de Verona. Il démarre doucement. Première chose que je fais, je vais aux toilettes. Je marche dans leur direction, en sens inverse de celui du train. Je fais du sur place. Le décor à l'extérieur ne change pas, je vais à la même vitesse que le train. Impression magnifique. Le train se transforme pour l'espace de cinq secondes en un tapis roulant. Je souris niaisement.


17/12/11/21h39/Stockholm: Je sors de la douche, je retourne dans la chambre. Au deux jeunes filles asiatiques, se sont ajoutés deux jeunes garçons asiatiques. Ils parlent tous les quatre en je ne sais trop quelle langue en mangeant des chips. Enfin trois parlent, le quatrième ne dit presque rien.


17/12/11/22h33/Stockholm: Mise à jour.Discussion avec ces quatre gens. Etudient tous aux UK. Les filles sont de Hong-Kong, le gros parleur de Malaisie et le mince timide est chinois. Ils sont très gentils. Le petit chinois est incompréhensible, il y a pire accent anglais que celui des français. Difficile de se remettre à parler en anglais après près de deux mois sans conversation dans cette langue, seul l'italien me vient en tête. Actuellement ils sont partis en pause douche. Note: Malaisie = 5 langues différentes. Tous les quatre parlent en mandarin.



18/12/11/8h45/Stockholm: Sur la place du marché de Noël, à côté de la cathédrale, un homme apparait et brise le silence et le calme de la ville. Je regarde et j'écoute. Iphone à la main, il est en appel vidéo, avec ce qui doit être sa femme. Il lui montre la place, cris d'exclamation; oui, en effet, c'est absolument magnifique. Il s'est arrêté de neiger, le sol est mouillé et reflète les majestueux édifices à pignons. La lumière du matin est très belle.
Et  il répond à ses gémissements de jalousie par un: "Yeah! But you say you prefer stay to do shopping!" 
Petit moment d'exaltation.


19/12/11/8h/Stockholm: Je traverse cette très bonne auberge de jeunesse, encore complètement vide à cette heure matinale. Je sors, pensant retrouver la ville morte que j'avais découverte la veille au matin à la même heure. Mais à ma grande surprise, elle se montre pleine de vie. Hier nous étions dimanche, aujourd'hui nous sommes lundi. Retour au travail. La ville grouille sous le ciel neigeux, l'air et le vent froid, la faible lumière d'un soleil qui monte doucement mais qui ne se montrera pas. Les premiers magasins ouvrent, aux fenêtres sont encore allumées les bougies, les lampes et les étoiles. Dans la rue deux types de piétons; ceux qui marchent lentement. Les mères, les pères avec leur enfant, qui parlent et rient en allant tranquillement à l'école. Le deuxième type de piétons sont ceux qui marchent seuls, plus nombreux, vite, la tête baissée, couvert pour ne pas avoir froid, avec l'envie d'arriver en cours, ou au boulot, rapidement et au chaud. Après cette constatation pendant ma marche lente d'endormi, je me souviens que je dois petit-déjeuner. Je m'arrête au premier 7eleven à côté duquel je passe. Un café, la pâtisserie qui à l'air bonne, en vente partout donc surement suédoise, et vue qu'il me reste juste assez, un cookie. Aussi, autre constatation. Les suédois ne sont pas du matin. Tous ceux à qui j'ai parlé avant neuf heures du matin était peu poli et pas vraiment agréable, alors qu'après ils sont extrêmement accueillant. Mon café sucré, je ressort dans la rue pour petit-déjeuner en marchant, conscient de mon inconscience. Au bout de deux minutes, j'ai les mains froides, au bout de cinq, elles sont gelées. Le café n'est pas bon, mais ai-je déjà aimé un café. La pâtisserie est bonne et plairait vraiment à Emeline, en mode pâte dense et comme pas complètement cuite avec du chocolat un peu fondu à l'intérieur. 
Mon gobelet et mon sachet jeté, j'arrive à un grand croisement où il y a beaucoup plus de monde. Il y a ceux qui ont choisi le métro, ceux qui prennent le vélo, plutôt nombreux selon moi en un tel matin et ceux enfin qui continuent à pied. Et là, comme poussé par une main invisible suédoise, je me met à accélérer le pas marchant à la vitesse des autochtones mais pas en regardant le sol, en regardant partout, au dessus, pour admirer une dernière fois cette ville extraordinaire. Sur ce chemin me menant à la gare et à mon bus vers l'aéroport, j'ai l'impression de n'avoir rien vu ou du moins que très peu, que cette ville et ses habitants sont très discrets et secrets, mais que le peu que l'on en voit est magnifique. Je veux revenir, à une période avec plus de jour, pour mieux te découvrir, autrement qu'à travers la vision déformée de mes lunettes couvertes d'énormes gouttes d'eau, mais la prochaine fois je te partage avec quelqu'un.


19/12/11/12h35/Stockholm Airport: Arrivée dans l'avion. 15min après le décollage prévue, soit 45min de retard. Trop d'enfants. Dans cette longue queue, trop chiant. dégivrage des ailes avec les canons à liquide bizarre. Crew "hôtesses" de l'air exclusivement composé d'hommes. Class'.



19/12/11/21h30/Francfort: De retour du centre ville, après en avoir rapidement fait le tour, au milieu de ce très beau marché de noël, déprimant pour le voyageur seul que je suis. J'aurais vraiment voulu partager ce moment et un verre de vin chaud. Et donc, sur le retour, à cent cinquante mètres de l'auberge, dans cette rue piétonne entre la gare et le quartier des gratte-ciel où s'enchainent les clubs de strip-tease, deux jeunes jeunes allemands à la barbe courte m'arrêtent en allemand. Ils ont une bonne tête, je les écoute, dans leur version en anglais. Ils bossent dans un théâtre, ce sont des comédiens. Ils me proposent de répondre à trois questions devant une caméra. Je dois les suivre dans les rues intérieures de l'îlot pour rejoindre leur local. Il y a d'autres gens, ceux qui bossent également sur le projet, tous sont très accueillants. Leur local devait être un magasin, complètement vitré sur l'avant, en double hauteur, avec une mezzanine sur l'arrière à laquelle on accède par un escalier en colimaçon, sur la droite. Ils me proposent de choisir  un ou plusieurs accessoires parmi les costumes de spectacle très coloré et extrêmement kitch. Je n'en ai pas vraiment envie. Mon silence et probablement mon expression leur font dire que je ne suis pas obligé de prendre quelque chose. Je monte les escaliers, sans costume. Je m'assois sur la chaise face à un autre membre de la troupe, équipé d'un casque, réglant les derniers détails du micro et de la caméra. Celui qui m'a abordé me demande si je préfère parler en français ou en anglais. Ca m'est égal. Ils préfèrent en anglais. C'est parti. 
How do you see the world and the city in 40 years? Develop your idea of slowest way of life. This vision is the vision of what will be the world or what the world should be for you? What from the past have to absolutely remain in the future?
Après quinze minutes de discussion, ils décident que c'est fini. Ce fut très intéressant. C'est la première fois que j'ai à expliquer des choses qui ne sont pas forcement claires dans ma tête dans une autre langue que la mienne. Je pense avoir réussi en étant assez compréhensible. Ils m'expliquent alors ce qu'ils vont en faire. Ils préparent une installation où ils diffuseront les vidéos en disant au public qu'ils sont en 2050 et que tous ce qui les entoure est une réalité virtuelle de ce qu'était le monde quarante ans plus tôt, et que toutes les témoignages sont des vidéos d'époques. Je redescend. Tous les autres attendent dehors avec deux nouveaux volontaires. Je sors. Je les salue et les remercient. La jeune fille me raccompagne en me disant que ce sera utilisé début janvier. Je lui sert la main et retourne à la rue, continue à marcher vers l'auberge comme si rien ne s'était passé.


  Mon petit carnet rouge est le témoin de ces quelques lignes, écrites inconfortablement installé dans une salle d'embarquement, assis par terre dans une file d'attente pour un bus, dans un bus promettant une ville nouvelle ou encore dans un train ramenant dans un lieu cher et connu.
Ces anecdotes de voyages remontent maintenant à quelques mois. Elles sont le témoin de mon premier vrai voyage, seul, loin des contrées connues dans lesquelles j'habite, dans des pays dont je ne connaissait que l'adresse des auberges de jeunesse dans lesquelles je dormais, dont j'avais repéré la localisation sur google maps et leur histoire, copié-collé de Wikipédia, et lu en trois langues: en français, en anglais et en italien. 
Cette solitude forcée même si recherchée m'aura beaucoup apporté. Elle m'aura soufflé conseils, m'aura permis de prendre un recul sur moi-même, me poussant à penser à ce que je voulais vraiment et ce à quoi je devais me soustraire ainsi qu'à me rendre compte de ce que j'avais fait jusqu'alors tout autant que du chemin incertain qu'il restait à parcourir.



Ce voyage m'aura me les aura fait découvrir:

Verona, ville monument qui s'est invitée 
                      au programme.

































Milano, ville-capitale, 
centre d'une grande beauté 
ceinturée de médiocrité.




Stockholm, 
ville aux dix-huit heures de nuit, 
lumineuse de la jeunesse de ses pierres.

















Francfort, ville nouvelle 
intrigante qui s'est 
reconstruit son histoire.







  L'avion atterrit. Pour la première fois, l'atterrissage est le dernier de mes soucis, je veux passer la porte des arrivées. L'avion commence son long retour jusqu'à sa place de stationnement. Tout le monde commence à s'agiter. Je suis prêt. Veste mise, écharpe mise, mon unique bagage, mon sac à dos plein de mes trois mois à Trieste et des quinze jours de retour à Fuissé, est sur mes genoux. L'heure de vol à végéter derrière le hublot en admirant les Alpes ,ensoleillées en cette fin de matinée, est oubliée. Seul reste cette impatience de passer la porte.
L'avion s'est arrêté. Le signal des ceintures de sécurité à peine éteint que les passagers sont déjà debout. Mais ils n'auront pas été aussi rapide que moi. J'ai bousculé mes deux voisins pour me retrouver dans le couloir et être au plus près de la porte du fond. Je n'en suis absolument pas loin. Juste à attendre qu'elle s'ouvre. 
Message de l'hôtesse de l'air, "bienvenue…blablabla…il est…blablabla…arrivée avec trente minutes de retard…blablabla…en conséquent, nous débarquerons  dans l'autre terminal, la sortie s'effectuera seulement par la porte avant."
Ils veulent ma mort ou la leur?
Je me suis coincé à l'arrière de l'avion. J'ai juste envie de … tous ces papys et ces mamies, ces familles de bobos lyonnais revenant d'un beau séjour à Venise, heureux, qui ont le temps et qui le prennent, nous sommes le 24 décembre, pourquoi se presser. J'ai comme l'impression qu'ils s'acharnent contre moi.
Une fois sorti de l'avion, la promenade n'est pas terminée. Plusieurs escaliers, passerelles, tapis roulant, escalators, couloirs, virages, tous aussi peu larges les uns que les autres, toujours encombrés de ces mêmes personnes peu pressé qui s'offre le luxe d'occuper toute la largeur. J'ai envie de courir et de crier, j'ai le corps complètement tendu et le ventre en quatre, j'ai envie de les pousser et de m'énerver. Trois mois. Trois mois sans les voir. Je veux arriver. Ne peuvent-ils pas comprendre cela. Je fais chauffer mes mollets, j'use des coudes, jettent des regards noirs. 
J'arrive dans la salle d'attente des bagages. Je la traverse. Elle est grande. Heureusement que je n'ai pas un bagage à récupérer. Je serais monter sur le tapis roulant pour aller chercher ma valise moi-même.
Arrivée-Arrival 
Double porte à battant ouvertes. La lumière du soleil, éclatante, éclaire ce hall par la droite. Le plafond est bas et l'espace est bruyant. 
Je cherche du regard.
Je les trouve rapidement, comment ne pas les voir. Ce sont les deux seules qui gesticulent derrière la barrière en fer en criant, levant leur pancarte, comme si je pouvais ne pas les reconnaitre.
Mon ventre se dénoue. J'oublie toute la haine, toutes ses pensées négatives envers tous ces inconnus. Seul compte le fait d'être enfin arrivé. Revient en force la fatigue, le besoin de se reposer sur quelqu'un d'autre mais surtout une immense joie. 
Je cours et les serre dans mes bras. Je vais passer une très bonne journée et de très bonnes vacances.






En effet.
Elles auront été magnifiques ces vacances. Revoir tous ses amis. Quel plaisir. Qu'est ce qu'ils m'avaient manqué. Revoir toutes ces villes. Mâcon. Lyon. Metz. Nancy.
Après un deuxième adieu, quatre mois après le précédent, je referme cette parenthèse française dans mon histoire italienne. Retrouver mon village, mon lit, ma famille, ma maison et surtout mon chien, cela fait paraitre très lointaine cette vie dans un appartement au quatrième étage d'un immeuble d'une petite rue d'une grande ville dans un coin d'Italie.
Après une très longue demi journée de voyage de retour à ne rien réussir à faire, passant de l'attente d'un avion en retard, d'un vol à côté d'un couple pathétique voulant visiter Venise, d'avoir patienter une heure en gare de Mestre, de deux heures de trajet en train les yeux dans le vide, de trente minutes de marches interminables avec une valise aux roues qui bloquent. J'arrive au pied de mon immeuble. Prêt pour sept mois d'une vie italienne sans pause française.
En guise de dernière épreuve, ces fameux quatre étages. Je les hais. 
J'arrive finalement en haut, en ayant pris le temps nécessaire.
Je rentre dans l'appartement. Mes trois colocs sont dans la cuisine. J'avais oublié l'ambiance de cet appartement, ses bruits, entendre parler italien, les entendre parler. Ils m'avaient manqué. J'ai vraiment eu de la chance de tomber sur des personnes comme eux. Ils m'invitent à les rejoindre dans la cuisine, à partager le repas avec eux. Avant cela, je vide ma valise, range tout et je me lave. Je peux recommencer à vivre sur de bonne base. Soirée pizza. Leur bonne humeur contagieuse me fait oublier le long supplice qu'aura été ce voyage, ce deuxième adieu, l'abandon du confort de la vie française entourée de ses amis, de sa famille, de sa langue et de son pays, pour les six prochains mois qui vont être beaucoup trop court.



1 commentaire:

  1. Petites bribes des pensées et expériences d'un voyageur chevronné désormais qui rêve d'aller toujours plus loin tout en appréciant le confort de sa "vie d'avant"... Merci de tes récits, de tes histoires, des tes photos.
    J'ai une petite préférence pour le début saccadé de ton article.. :D

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