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mardi 27 septembre 2011

The Beginning

   Comme une envie de pleurer, il est 15h30, dimanche 18 septembre, je viens de laisser ma mère et ma soeur dans un bus en direction de l'aéroport de Venise-Marco Polo, où elles prendront leur avion pour retourner en France.

   Moi, Matthieu, étudiant en architecture à Nancy, 20ans, je quitte la piazzale Roma, la seule place de Venise accessible aux véhicules terrestres motorisés, je quitte la voie  de la simplicité pour un an pour m'engager dans l'imprévisible. Je marche lentement, au rythme de Turning Tables de ADELE, lentement mais surement. Je traverse la foule de touristes, monte puis descends il Ponte della Costituzione. Les marches de Calatrava sont particulièrement adaptées à ma marche. Je me suis rarement senti aussi seul et perdu, c'est ce que l'on ressent juste avant de se rendre compte que l'on est incapable de savoir ce que l'on fera le lendemain. L'inconnu. Il m'attend. Là, c'est effrayant et fascinant.

   C'est le début officiel de ma vie d'ERASMUS, 9 mois en Italie, je ne peux compter que sur moi. 
   Ayant trente minutes à atteindre avant mon train pour Trieste, je m'accoude au sommet du pont enjambant le Canal Grande, devant la gare; le regard vide, j'observe l'agitation de cette ville où fourmillent tous ces gens, qui la traversent sans la voir; la circulation incessante des vaporettos, les bus vénitiens, soumis aux remous des canaux.  La Sérénissime ne retrouvera le calme qu'à la nuit tombée, quand tout le monde dormira.

   Je ne peux rester en place, je dois marcher, marcher; attendre, attendre, encore et encore. L'inconnu. Je ne fais qu'y penser. J'ai tellement hâte d'être surpris par cette nouvelle vie. 
Quel accueil me fait l'Italie! J'atterris, et je comprends enfin que le message qui défile sur tous les écrans signifie qu'il y a une grève du personnel. Le trafic repassera à la normale après 22h. A ce moment là, je ne réalise pas que je ne pourrais avoir un train qu'à 22h57, soit plus de sept heures après avoir quitté ma mère et ma soeur.

Vue depuis le Pont près de la gare.

   Je dois m'occuper, je devrais lire, apprendre cette nouvelle langue. Impossible.  Je m'occupe, je dois m'occuper, je prends le premier vaporetto que je trouve, il me dépose au Rialto, je marche, je marche, fasciné par cette ville, son ambiance, ses couleurs, son odeur, ses bruits, ses palais, ses ruelles et ses canaux; répugné par cette foule pressée, qui se bouscule de peur de ne pouvoir avoir son bus ou la meilleure place dans le bateau, suivant le chemin prédéfini entre la place St Marc et il Ponte di Rialto, obsédée par le masque kitch qu'elle doit s'acheter pour montrer qu'elle est allée à Venise et qui ira si bien sur le mur du salon, j'ai faim, je prends une espèce de pizza roulée, un vendeur insupportable et plus intéressé par son portable que par me faire payer me sert, repas gratuit, je fuis tous ces touristes pour des ruelles vides, je veux me perdre, impossible, on se retrouve toujours sur la place St Marc, seules les personnes qui se déplace avec une carte diront qu'ils se sont perdu, je trouve un passage que personne ou presque n'emprunte partant de St Marc, magnifique, de très beaux magasins, je trouve une fontaine d'eau potable, là où tout le monde passe, je bois gratuitement et à 1m50 de moi, ils font la queue pour payer deux euros leur bouteille, je prends un vaporetto, il me conduit devant une église magnifique, San Giorgio Maggiore où Kapoor a fait une installation, une tornade dans le coeur, il est dingue, 45min de vaporetto pour retourner à la gare, des vénitiens montent et descendent, ils ont fait leur course, on croise un énorme paquebot, tous ses passagers  sont sur le pont ou sur leur terrasse, ils sont venus à Venise, plus besoin de descendre du bateau, ils ont "vu" Venise, impressionnant quand même, le bateau est deux à trois fois plus haut que la ville, arrivée à la gare, ma vessie est minuscule, je refuse de payer 0,80€, je tourne en rond autour de la gare, je passe dans des ruelles sombres, je ne peux souiller cette ville, il fait nuit, tôt, tout le monde mange, des mariés rentre chez eux après une séance photo, les esclaves du tourisme font la démonstration de leurs hélicoptères lumineux, je repasse encore par les mêmes ruelles, un parc sombre, du monde, dommage, un coin en travaux, des poubelles, je vais beaucoup mieux, je mange de la pizza et un coca, je m'assois, je fais tous les sièges ou presque de la gare en retournant voir les écrans des trains, encore, je lis,j'écoute Adèle, je donne les deux euros manquant à une américaine pour qu'elle puisse s'acheter son billet, ça fait plaisir de communiquer et d'aider quelqu'un, elle m'offre une grosse tablette de chocolat, délicieuce, Adèle, toujours,  un train dans une heure, c'est celle qui passe le plus vite, je m'assois dehors avec Adèle, je regarde la pluie tomber, à côté de moi, mes amis inconnus qui n'ont plus à attendre de trains, ils n'en n'auront pas ce soir, ils commencent leur nuit et dormiront sur des cartons, il fait chaud, je me sens bien, je pourrais attendre encore un peu, je dois partir.

   Je m'installe dans le train, des japonaises parlent fort, ça pue, je ne peux dormir, je change de wagon, le silence, mais je ne peux rester, la clim, il fait trop froid. Je retourne à ma place, elle est encore chaude. Je dors. Quand je me réveille, Trieste Centrale. 

   Je suis enfin arrivé, je suis un légume qui doit marcher 20min pour rejoindre son appartement et qui espère qu'il ne pleuvra plus pour un moment. Je vois une tête qui ne m'est pas inconnue, on me fait un coucou et un grand sourire, il est 1h du matin. Lorenzo m'attend. Il est en scooter, il a emprunté celui de Simoné, c'est la première fois qu'il le prend. Il n'arrive pas à le démarrer, la situation est vraiment drôle et tellement décalée. Je suis en Italie, je reviens de Venise où j'ai attendu sept heures, je suis sur le parking de la gare de Trieste, avec un italien que je ne connais pas et avec qui je vais habiter pendant un an, il essaye de faire démarrer ce scooter et de faire rentrer sa tête dans un casque trop petit pour lui. 

   Là, un moment magnifique. Je suis à l'arrière du Piaggio qui traverse Trieste à pleine vitesse, la ville est vide à cette heure si avancée. Tous les feux sont oranges clignotants, à quoi bons ralentir aux intersections, il n'y a personne. Sensation enivrante de puissance, sentir le vent et la vitesse. La lumière jaune des lampadaires se reflète sur le sol mouillé, les lourds nuages électriques sont bas et l'air est humide. Venise et Trieste, les éternelles rivales, l'une m'a soumis à l'attente, l'autre se prosterne devant moi, pour me montrer son plus beau visage. L'orage s'est arrêté pour que je puisse la voir ainsi.


Trieste me souhaite la bienvenue.


   Après avoir franchi les quatre hauts étages et les 104 marches qui séparent la rue de l'appartement, après avoir parlé pendant encore une bonne heure avec Lorenzo et Luaï, le libanais, qui nous apprends que c'est son anniversaire, mangé des pâtisseries libanaises délicieuses, il est alors 3h du matin, je me couche. L'orage a repris ses droits sur la ville, j'écoute le tonnerre et la pluie qui tombe, je regarde la lumière des éclairs illuminer ma chambre. Je m'endors, serein et heureux.

4 commentaires:

  1. heyhey, c'est moi qui écrit le premier commentaire !!
    je dirais simplement que c'est magnifique comme premier post matthieu ...
    continue comme ca stp !! :)

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  2. Woooow !!! c'est trop coool !!
    On s'y croit vraiment !!
    J'ai eu l'impression de partager ces moments avec toi !! C'est énorme est bien raconté !!
    continue !!

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  3. Alors comme ça tu as passé tes deux années à Nancy à développer ton style!!! Non mais t'aurais pas pu faire ça au lycée avec la bio et moi!!! On aurait pu s'échanger nos bidules!
    Que dire sinon que tu dis la vie avec la simplicité qui convient?...
    Et que j'ai de plus en plus hâte de venir t'embêter!!!
    Tes découvertes et tes évasions donneront sans aucun doute lieu à des articles aussi beaux, mais surtout à des souvenirs ineffaçables... Et ça, c'est ce qui compte le plus!!!

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  4. Pas encore lu quoi que ce soit, juste là pour avoir un aperçu. Qu'un regret, l'abandon du flou artistique. Heureusement, les grilles sont préservées ;)

    A bientôt.

    C.

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